Annonces de 2 € à 10 000 € contre ventes réellement conclues
En bref : Le 9 octobre 2026, sur une grande plateforme française de petites annonces, sept annonces affichaient 10 000 € ou plus pour des pièces ou des lots de 2 € présentés comme rares, jusqu’à 30 000 € pour une 2 € des Jeux olympiques de Paris 2024, pièce dont les deux versions ont été émises à 24 millions et 510 000 exemplaires selon la BCE. Ce sont des prix demandés, dont rien n’indique qu’ils aient été payés. Les ventes conclues que nous avons relevées chez un négociant français vont de 3,90 € pour une Simone Veil de 2018 à 4 200 € pour une Grace Kelly de Monaco 2007, émise à 20 000 exemplaires.

D’où vient le chiffre de 10 000 € ?
Le chiffre vient d’abord de la presse en ligne, pas de ventes. Un article publié le 5 avril 2026 titrait que « votre pièce de 2 euros pourrait valoir jusqu’à 10 000 euros » : à la lecture, il ne rattache ce plafond à aucune pièce précise et ne cite aucune vente conclue, avec une date et une plateforme. L’article d’Econostrum s’appuie sur un message de TF1Info publié la veille, le 4 avril 2026, qui reprenait la même formule.
Ce type de titre circule depuis des années et finit dans les annonces. Le vendeur d’une pièce banale lit « jusqu’à 10 000 € », reconnaît sa pièce dans la liste, et affiche le plafond. Un article du site numismatique allemand CoinsWeekly signalait dès le 29 juillet 2021 des offres jusqu’à 16 000 € pour des 2 € grecques de 2002 présentées comme fautées, alors que, selon le même article, ces pièces se trouvent à partir de 5 €.
Le cas grec illustre la confusion la plus fréquente. La Grèce n’ayant pas pu frapper seule toutes ses pièces de 2002, l’atelier finlandais en a produit une partie et a ajouté un « S » (pour Suomi) dans l’étoile placée entre les chiffres du millésime. CoinsWeekly le résume ainsi : certains vendeurs les présentent comme des fautes de frappe, « which they are not », ce qu’elles ne sont pas. Une marque d’atelier n’est pas une erreur de fabrication.
Ce que demandaient les annonces le 9 octobre 2026
Le 9 octobre 2026, sur une même plateforme, le prix demandé dépendait surtout du mot « rare » dans la recherche, pas de la pièce. Nous avons relevé trois recherches, chacune sur sa première page de résultats ; les annonces bougent dans la journée, d’où des fourchettes quand deux relevés diffèrent.
- « pièce 2 euros rare », tri par prix décroissant : 96 annonces. Sept annonces atteignaient 10 000 € ou plus : cinq pièces, à 30 000 € (« Pièce deux euros jo 2024 (très rare) »), 27 000 € (une 2 € de l’Union économique et monétaire), 20 000 € (une 2002 « avec un S »), 15 000 € (une 2 € de Malte « frappée de la lettre F ») et 10 000 € (une Bleuet de France 2018 dite fautée), et deux annonces sans pièce précise, intitulées « Collection de pièces de 2 euros » et « Édition rare ». On y trouvait aussi une 2 € Allemagne 2002 à 2 250 € et une France 2001 à 2 100 €, deux pièces courantes de la première année.
- « 2 euros commémorative », tri par pertinence : 95 annonces, prix demandé médian de 6,50 € à 8,50 € sur deux relevés du même jour, et de 38 à 43 annonces à 5 € ou moins.
- « 2 euros jo 2024 rare », tri par pertinence : 96 annonces, prix demandé médian de 15 € à 16 € sur deux relevés, de 39 à 44 annonces à 10 € ou moins, une seule au-dessus de 1 000 € (celle à 30 000 €). Toutes ne sont pas des 2 € : la recherche remonte aussi des pièces de 10 € en argent.
Autrement dit, la 2 € France Jeux olympiques 2024 était proposée le même jour à 3 € par un vendeur et à 30 000 € par un autre. Une telle dispersion montre que le prix affiché n’est pas une cote : c’est un souhait.
Ce que ces pièces se vendent quand une vente est conclue
Les prix réalisés que nous avons pu vérifier sont ceux d’un négociant numismatique français qui archive en ligne ses ventes en boutique et ses enchères, avec la date, l’état et le prix payé (ses enchères en ligne sont annoncées « sans frais acheteur »). Le tableau rapproche ces ventes des prix demandés relevés et des volumes d’émission publiés par la BCE.
| Pièce | Volume d’émission (BCE) | Prix demandé relevé | Prix réalisé relevé | Source | Date |
|---|---|---|---|---|---|
| France 2024, Jeux olympiques | 24 millions (tour Eiffel) et 510 000 (Lutte) | de 3 € à 30 000 € | 13 € (coin-card BU, vente en boutique) | Vinted ; BCE ; cgb.fr | annonces au 9 oct. 2026 ; vente en 2026 |
| France 2018, Simone Veil | 15 millions | 1 540 € | 3,90 € (SPL, boutique) ; 21 € (blister BU, enchère) | Vinted ; BCE ; cgb.fr | annonce au 9 oct. 2026 ; ventes en 2020 et le 23 sept. 2024 |
| Portugal 2018, Imprimerie nationale | 520 000 | 5 000 € | 9 € (coin-card BU, enchère, 3 participants) | Vinted ; BCE ; cgb.fr | annonce au 9 oct. 2026 ; vente le 28 oct. 2019 |
| Grèce 2002, lettre S | répartition par atelier non publiée dans les sources consultées | 1 500 € et 2 000 € | « à partir de 5 € » (prix indicatif, pas une vente) | Vinted ; CoinsWeekly | annonces au 9 oct. 2026 ; article du 29 juil. 2021 |
| Monaco 2007, Princesse Grace | 20 000 | aucune annonce authentique dans notre relevé | de 970 € (enchère, 2014) à 4 200 € (sous coque, 2024) | BCE ; cgb.fr | ventes de 2014 à 2026 |
La Grace Kelly de 2007 sert de plafond réaliste : c’est la commémorative la plus chère de nos relevés, émise à 20 000 exemplaires selon la BCE. Son historique de ventes chez ce négociant, tous états confondus :
- 970 € le 9 juin 2014, en enchère (estimation 1 400 €, 7 participants) ;
- 1 400 € en 2015 et en 2016, 1 200 € en 2017 (sans coffret, traces de nettoyage), 1 500 € en 2019 (coffret de second choix) ;
- 2 600 € en 2021 (écrin usé) ;
- 4 200 € en 2024 pour un exemplaire certifié MS63 sous coque par une société de gradation ;
- 3 200 € à deux reprises en 2026, écrin abîmé ou légèrement abîmé.
Même cette pièce, émise à 20 000 exemplaires, n’a jamais atteint 10 000 € dans ces archives. Les autres commémoratives de la principauté de Monaco ont leurs propres tirages et leurs propres ventes, à vérifier pièce par pièce.
Pour les vraies fautées, les montants sont plus modestes encore. Deux 2 € françaises authentiquement fautées, notées R2 et R3 par le négociant, se sont vendues en enchère 100 € (2004) et 260 € (2005), toutes deux sous leur estimation de 300 €. Ces deux ventes sont anciennes et ne valent pas cote actuelle ; elles montrent seulement l’ordre de grandeur.
Pourquoi l’écart entre prix demandé et prix réalisé est si grand
L’écart est si grand parce qu’une annonce ne coûte rien et n’engage à rien, alors qu’une vente demande un acheteur. Nos relevés suggèrent quatre explications possibles des montants à cinq chiffres ; ce sont des hypothèses, aucune enquête auprès des vendeurs ne les confirme.
- L’ancrage sur un titre de presse. Le vendeur affiche le plafond lu dans un article, sans vérifier que l’article cite une vente.
- La confusion entre marque d’atelier et faute. Le « S » grec ou une lettre dans une étoile sont des marques prévues, pas des erreurs.
- Le tirage ignoré. La BCE publie le volume d’émission de chaque commémorative : 24 millions pour la 2 € France Jeux olympiques « tour Eiffel », 15 millions pour la Simone Veil. Une pièce frappée à plusieurs millions d’exemplaires ne peut pas être rare par son tirage.
- Le prix d’appel. Une partie des annonces sert peut-être à attirer des offres ou à tester le marché, le prix réel se négociant ensuite, quand il se négocie.
Rappel utile : la BCE précise que les commémoratives de 2 € « ont cours légal dans l’ensemble de la zone euro. Cela signifie qu’elles peuvent être utilisées, et doivent être acceptées, comme n’importe quelle autre pièce en euros. » Leur valeur plancher est donc 2 €, et c’est aussi leur valeur de marché dans la très grande majorité des cas, comme nous l’expliquons pour une 2 € commémorative trouvée en poche.
Comment lire une annonce à plusieurs milliers d’euros
Une annonce chère se vérifie en trois minutes avec des données publiques.
- Identifiez la pièce (pays, année, sujet) et cherchez son volume d’émission sur la page annuelle de la BCE ou dans l’avis du Journal officiel, comme l’explique notre article pour trouver le tirage officiel d’une 2 € ; les plus faibles tirages relevés sont réunis dans notre liste des 2 € commémoratives rares.
- Cherchez des ventes conclues, jamais des annonces en cours : archives de négociants, résultats d’enchères, filtre « objets vendus » des plateformes.
- Si l’annonce invoque une faute, demandez des photos nettes des deux faces et de la tranche, comparez avec une pièce normale, et vérifiez que le défaut date de la fabrication avec notre page sur les euros fautés.
- Au-delà de quelques centaines d’euros, faites examiner la pièce : notre article sur la façon de faire estimer une pièce rare compare les options.
Pour la 2 € Portugal 2018 de l’Imprimerie nationale, l’exercice prend une minute : 520 000 exemplaires selon la BCE, une coin-card vendue 9 € en enchère en 2019, une annonce à 5 000 € en 2026. Même chose pour la 2 € Simone Veil de 2018, demandée 1 540 € et vendue 3,90 € en état SPL.
Questions fréquentes
Une annonce à 10 000 € prouve-t-elle qu’une pièce vaut ce prix ?
Non. Une annonce fixe un prix demandé par le vendeur. Seule une vente conclue, datée et vérifiable indique ce qu’un acheteur a réellement payé.
Où trouver des prix réellement payés pour une 2 € ?
Dans les archives de ventes des négociants qui publient le prix réalisé, dans les résultats des maisons de ventes et dans le filtre des objets vendus des plateformes d’enchères en ligne. Les annonces en cours ne servent pas de référence.
Les 2 € grecques de 2002 avec un S sont-elles des fautées ?
Non. Le S indique qu’elles ont été frappées en Finlande pour le compte de la Grèce. CoinsWeekly les situait à partir de 5 € en 2021.
Ces relevés de prix sont-ils des conseils d’achat ?
Non. Ce sont des observations datées. Un prix passé ne dit rien d’un prix futur.
Sources
Pages consultées le 9 octobre 2026, citées sans lien :
- Vinted, résultats de recherche « pièce 2 euros rare » triés par prix décroissant, « 2 euros commémorative » et « 2 euros jo 2024 rare », premières pages.
- Banque centrale européenne, « Pièces commémoratives de 2 euros » (page générale et pages des années 2007, 2018 et 2024).
- cgb.fr, fiches archivées « MONACO 2 Euro PRINCESSE GRACE 2007 » (feu_330754, feu_355566, feu_383377, feu_453463, feu_553870, feu_689926, feu_863942, feu_867136, feu_1050688).
- cgb.fr, fiches archivées « FRANCE 2 Euro SIMONE VEIL 2018 » (feu_503891, feu_951640), « PORTUGAL Coin-Card 2 Euro 250e anniversaire de la presse nationale 2018 » (feu_552928) et « FRANCE Coin-Card 2 Euro JO PARIS 2024 blister pourpre » (feu_936690).
- cgb.fr, fiches archivées « 2 euro France, fautée 2001 » (v24_2491) et « 2 euro France, frappe fautée 1999 » (v19_1795).
- CoinsWeekly (MünzenWoche), « What’s the Value of Greek 2 Euro Coins ? », 29 juillet 2021.
- Econostrum, « Votre pièce de 2 euros pourrait valoir jusqu’à 10 000 euros », 5 avril 2026.